Titre

Gouverner les langues par les nombres: analyse historiographique, ethnographique et interactionnelle de la production des statistiques officielles des langues en Suisse

Auteur Philippe Humbert
Directeur /trice Alexandre Duchêne
Co-directeur(s) /trice(s)
Résumé de la thèse La statistique joue un rôle déterminant dans la répartition des ressources économiques et des pouvoirs politiques : les chiffres sont considérés comme une source de savoir objective qui fait preuve d’autorité pour trancher de manière impartiale, là où des intérêts divergent. En Suisse, la statistique officielle des langues s’inscrit dans une longue tradition initiée en 1850. Elle est omniprésente dans la société helvétique et est autant utilisée à des fins scientifiques que politiques. Comme toute statistique sociale, la façon de produire ce savoir quantifié renvoie à des tensions épistémologiques et socio-politiques : elle engendre des processus de catégorisations qui nécessitent une réduction des caractéristiques sociolinguistiques en unités quantifiables selon des critères méthodologiques traduisant des idéologies langagières, c’est-à-dire des conceptions et croyances qui contribuent à définir ce qui compte comme langue et comme locuteur. Ces idéologies langagières puisent leurs sources dans des arguments scientifiques et politiques qui reflètent les intérêts d’acteurs et d’institutions engagés dans des débats sur les langues et sur le plurilinguisme. Dans cette thèse, je cherche à comprendre en quoi ces statistiques des langues constituent un outil de « gouvernementalité », à savoir l’ensemble des processus institutionnels qui contribuent à établir le dénombrement des langues sur le territoire comme une source de savoir destinée à exercer une forme de contrôle de la population. L’analyse est guidée par trois questions de recherche : 1. Quel savoir est généré avec les statistiques officielles des langues en Suisse ? À quelles périodes, comment, par qui et dans quels buts ce savoir est-il généré ? 2. Quelles relations de pouvoir sont en jeu à travers la production des statistiques officielles des langues ? 3. Comment les statistiques officielles des langues sont-elles appropriées sur la scène politique, économique et scientifique? Dans l’optique de répondre à ces questions de recherche, trois approches méthodologiques sont combinées. Dans une approche historiographique, les données permettent de retracer les origines et l’évolution des discours sur les langues dans le cadre de la production des statistiques officielles sur les langues, de comprendre quelles sont les idées définissant ce qui compte comme langue ou non. Elles permettent aussi d’identifier les acteurs et institutions qui utilisent les résultats en formulant des intentions particulières. Dans une approche ethnographique et interactionnelle, avec les données recueillies durant l’Enquête sur la langue, la religion et la culture (ELRC) réalisée en 2014 par l’Office fédéral de la statistique (OFS), j’investigue les tensions qui caractérisent la réalisation de statistiques linguistiques à travers l’analyse de la création du questionnaire sur les langues, de la négociation des questions durant les entretiens téléphoniques et du traitement des données. L’analyse renvoie à des réflexions épistémologiques fondamentales sur la signification du monolinguisme, du bilinguisme et de la diglossie ; elle inscrit ces réflexions dans des enjeux de gouvernance plus larges qui impliquent des conséquences réelles sur la façon dont la diversité linguistique est pensée et organisée.
Statut
Délai administratif de soutenance de thèse
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